Livret A : comment l’Etat a piqué 2 milliards aux épargnants

 

Deux réformes habilement présentées comme un cadeau aux petites gens… Et voilà comment l’Etat est parvenu à baisser la rémunération des porteurs de livrets A de plusieurs milliards.

 

Le traditionnel buzz journalistique de mi-janvier n’a pas eu lieu en 2018. En pleine période de vœux, il était de bon ton, ces dernières années, de faire la course pour être le premier à prédire le taux du Livret A  applicable  au 1er février suivant.

 

Point de prédiction le mois dernier, le gouvernement ayant décidé de suspendre la formule de calcul et d’imposer un maintien du taux du Livret A à 0,75 %, comme le Premier Ministre Edouard Philippe l’avait annoncé dès mi-septembre. L’info est devenue officielle avec la publication d’un décret le 2 décembre 2017.

 

Les journalistes financiers venaient de perdre l’un de leurs marronniers préférés. De quoi délaisser le sujet du Livret A, hormis pour s’étonner de la vigueur de sa collecte en 2017 (12,4 milliards), loin devant l’assurance vie…

Certes, les journalistes perdent un sujet. Mais les épargnants ?

 

Il est désormais possible de mesurer le coût des réformes pour eux. Marchés Gagnants l’a fait. Vous avez bien lu : des réformes ! Car en un an, il y en a eu deux.

 

Deux réformes du taux du Livret A

 

Novembre 2016 : alors que Michel Sapin est à Bercy, le gouvernement annonce une modification de la formule de calcul du Livret A sur recommandation du Gouverneur de la Banque de France. Avec deux éléments à la clef :

  • Finie la mesure de l’inflation hors tabac sur la donnée dernière mesure disponible mi-janvier : les autorités décident de se baser sur la moyenne des six derniers mois.

  • Oublié le coup de pouce automatique de 0,25 point pour donner un brin de pouvoir d’achat. Désormais, ce bonus n’existe seulement lorsque l’écart entre les taux courts et l’inflation est faible.

Septembre 2017 : alors qu’Emmanuel Macron est à l’Elysée, le gouvernement annonce que la formule précédente ne sera pas appliquée jusqu’en 2020. Officiellement, une mesure en faveur du logement social contraint de baisser ses loyers ! Côté comm, Edouard Philippe, le Premier Ministre, se glorifie de maintenir le taux du livret A à 0,75 %…

https://twitter.com/Caroline_Roux/status/907851468031582208

 

Le 1er février 2018, le taux du Livret A a donc été maintenu à 0,75 %. Mais quel aurait été son niveau en l’absence de réforme ?

 

Si le gouvernement n’avait pas suspendu la formule Sapin / Villeroy de Galhau, il aurait été de 1 %. Soit 0,95 % (moyenne de l’inflation hors tabac des 6 dernières mois), arrondi au quart de point le plus proche, sans majoration de 0,25 point vu l’écart entre les taux monétaires et l’inflation.

 

Si le dernier gouvernement de la présidence Hollande n’avait pas bidouillé la formule, le taux aurait été de 1,25 %. Soit le dernier indice de l’inflation hors tabac connu au 15 janvier (1,1 %), majoré de 0,25 point, le tout arrondi au quart de point le plus proche.

 

Bilan des courses : le couple Macron-Philippe ont piqué un quart de point de rémunération aux épargnants et le trouple Hollande-Sapin-Villeroy de Galhau, autant. Sans bidouilles orchestrées depuis un an pour s’assurer du parfait fonctionnement de la politique de répression financière, le taux du Livret A devrait être presque deux fois plus important.

 

0,75 %, ça ne fait pas beaucoup. Un taux presque deux fois supérieur, ça impressionne un peu plus ! Mais en pratique, quelles sommes les détenteurs de Livret A voient-ils leur passer sur le nez ? Fin décembre, les encours du Livret A et de son petit cousin, le Livret de Développement Durable et solidaire, rémunéré au même taux, s’établissait à 376 milliards. Un manque à gagner de 0,50 % sur cette somme correspond à 1,88 milliards.  Près de 2 milliards d’euros ont ainsi été détournés des poches des épargnants avec deux réformes presque passées inaperçues…

Les conseils de Marchés Gagnants :

–  La hausse du taux du Livret A a eu pour effet de désespérer Billancourt. Depuis plusieurs années, le placement préféré des Français est le dépôt à vue non rémunéré. Ce n’est pas la solution.

–  La faible rémunération de l’épargne de précaution doit amener à réfléchir sur les montants nécessaires.

–  La prise de risque recommandée sur les marchés financiers n’a de sens que sur des actions et avec des montants limités à définir avec notre méthode d’investissement.

 

Ps : Papier mis à jour suite à un problème d’arrondi. Initialement, le taux affiché était de 1,50 % et le manque a gagner à 2,82 milliards.  Le chiffre réel du manque à gagner pour 2018 ne sera toutefois connu qu’en juillet prochain.

 

Une réflexion au sujet de « Livret A : comment l’Etat a piqué 2 milliards aux épargnants »

  1. Bonjour,

    Démonstration pertinente, confirmant l’orientation politique de l’actuel tandem au pouvoir: on privilégie les riches et on prend aux classes moyennes que l’on paupérise graduellement. Malheur aux retraités que l’on stigmatise avec l’impôt CSG (+1,7%). Le retraité est la vieille rentière de « Crime et châtiment » de Dostoïevski.Il faudra bien qu’un jour le juvénile Macron paie l’addition.
    Cordialement.

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