Vous avez dit krach boursier ?

En 2011, David Le Bris consacre sa thèse aux actions françaises depuis… 1854. A cette occasion, il a reconstitué l’histoire d’un indice boursier construit comme le CAC 40. Désormais, il enseigne à la Toulouse Business School. Nous l’avons rencontré pour parler krach.

Depuis quelques temps, les médias spécialisés ne cessent de parler de marché baissier, en raison d’un recul de plus de 20 % de la bourse américaine par rapport à son plus haut.

Exact ! Toutefois, d’un point de vue littérature universitaire, nous n’avons aucune définition validée d’un marché haussier ou baissier…

 

J’avais pourtant une question : « Un krach boursier, c’est quoi ? »

Cette question n’intéresse pas que les investisseurs individuels ou professionnels ! J’y ai ainsi consacré une partie des mes travaux de recherche. Déjà, premier élément, le krach est un mouvement qui impacte les acteurs de manière brutale. Quelques jours ou semaines. Dans les années 60, les actions françaises ont connu une longue période de baisse. Le mouvement s’étant réalisé de manière progressive, on ne peut pas parler de krach…

 

D’aucuns disent que le marché devient baissier à -20 % par rapport au plus haut. A partir de quel seuil se déclenche le krach boursier ?

Un pourcentage en absolu, c’est une référence tentante car simple à comprendre. Mais quel sens lui donner ? – 20 % sur des actions, ça correspond à une baisse importante. Mais sur une devise, c’est gigantesque. Dans mes travaux, à partir des données depuis 1850 environ, j’ai regardé les mouvements les plus violents, en absolu comme vous le suggérez. Quasiment tous avaient eu lieu dans un passé récent. Il n’y aurait donc eu de krachs boursiers que récemment ?

 

Je vous retourne la question !

Ça m’a paru surprenant ! Alors, j’ai bousculé mon cadre d’analyse. Un pourcentage en absolu, on l’a vu, ça n’a pas le même sens selon que l’on s’intéresse aux actions ou aux devises. Sur les marchés actions, le même raisonnement peut s’appliquer car la volatilité, souvent présentée comme une mesure du risque, évolue dans le temps. Le krach est une situation déstabilisante sur les marchés. Essayons donc de lier la situation des acteurs et le comportement des cours. Hypothèse numéro un : les marchés sont très volatils. En pareille situation, les investisseurs sont peu enclins à s’engager. Un mouvement donné de baisse de X aura donc peu d’impact. Hypothèse numéro 2 : ces mêmes marchés sont, cette fois, peu volatils. Les investisseurs sont alors beaucoup plus enclins à détenir des titres, voire à s’endetter pour en avoir. Là, le même mouvement de baisse de X aura des conséquences bien plus importantes.

 

Un recul de 10 % dans certains cas peut donc faire plus de dégâts – et plus être considéré comme un krach – qu’une chute de 15 % dans d’autres ?

C’est exactement la logique retenue pour définir un krach. La baisse des cours doit être brutale et forte compte tenu du niveau de volatilité du marché. Si elle est faible, un mouvement d’ampleur moyenne sera un krach ; alors qu’un mouvement fort dans un marché volatil n’aura pas de conséquence…

 

Selon votre définition, quels ont été les krachs depuis les années 1980 ?

1987 était un vrai krach boursier ! Il y a en eut aussi en 1998 et en 2008.

 

La force baisse de la bourse en 2000 avec l’effondrement des technos, ce n’était pas un krach ?

Au vu du modèle, non ! Car le niveau de volatilité du marché était très élevé lorsque la baisse s’est enclenchée.

 

Krach boursier rime-t-il avec bulle ?

Souvent, mais pas systématiquement. La première guerre mondiale a engendré un krach. En revanche, dans les années 1950, il y a eu une bulle sur les actions françaises, suite à des découvertes pétrolières dans le sud-ouest, mais il n’y a pas eu de krach après.

 

Vous nous parlez de krach boursier en 1987, 1998 et 2008. Bref des séries de dix ans ! Impossible de prédire les krachs, mais sommes-nous dans une bulle ?

Question bien tentée, mais je regarde plus le temps long que le court terme ! Une chose est certaine, le faible niveau des taux d’intérêt pousse à la hausse de prix de tous les actifs. Boursiers, certes, mais aussi immobiliers. Cette situation est-elle durable ? Seule l’Histoire le dira !

 

Propos recueillis par Jean-François Filliatre

 

 

 

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