Crise : des Français reviennent en Bourse !

Tel est le surprenant constant d’une étude de l’Autorité des Marchés Financiers.

 

 

La finance comportementale nous avait dépeint des investisseurs particuliers un peu bêtes. Et les propos des salles de marchés confirmaient la règle : « quand les particuliers arrivent, l’heure de la baisse est venue ! » Les petits porteurs étaient ainsi affublés de la double étiquette : achète quand c’est haut, vend quand c’est bas !

Une étude publiée cette semaine par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) tend à battre ce principe en brèche. Christophe Bonnet et Stephen Frenay de l’Unité Data Driven Supervision ont épluché toutes les transactions réalisées par des investisseurs depuis le 31 décembre 2018. Un travail rendu possible par l’évolution des directives MIF, synonymes entre autres de questionnaire à remplir par les clients dans le cadre de leur relation avec leur intermédiaire, notamment lors de l’ouverture d’un compte-titre ! « Avec la version 1 de la directive MIF, nous avions un reporting de la part des intermédiaires pour pouvoir assurer un suivi du marché, alors que les transactions n’étaient plus concentrées sur Euronext, explique Christophe Bonnet, responsable de l’Unité Data Driven Supervision. Avec MIF 2, nous avons plus de données, en particulier l’identité des intervenants. »

Les petits porteurs ont vendu dans la hausse et acheté dans la baisse

A l’heure du big data, il est donc possible de mouliner toutes ses informations pour mieux comprendre le comportement des particuliers. Premier constat : tout au long de l’année 2019, marquée par une forte hausse des marchés, les particuliers ont été vendeurs. Un phénomène accentué au dernier trimestre hormis la semaine où a été réalisée la mise sur le marché de la Française des Jeux. Autrement dit, les particuliers ont allégé tout au long de la hausse, plutôt que de renforcer.
 
Second constat : dans la crise, en revanche, le mouvement inverse est constaté. « Du 2 mars au 3 avril, plus de 3,5 milliards ont été investis par les particuliers dans les actions du SBF 120, si l’on fait le solde des achats et des ventes », explique Stephen Frenay, data scientist à l’AMF.  

 

 

Le profil des acheteurs des acheteurs est tout aussi intéressant. L’ambition de l’AMF n’a pas été de savoir si Pierre, Paul, Jacques ou Choupinette avait acheté, mais de voir si de nouveaux investisseurs étaient entrés sur le marché. Gare toutefois aux vocables utilisés : sous le label « nouveaux clients », le régulateur comptabilise tous investisseurs particuliers qui n’ont pas fait d’opérations d’achat en 2018 ou en 2019. 580 000 particuliers ont acquis une action du SBF 120 du 24 février au 3 avril ; près d’un quart (150 000) sont considérés comme « nouveaux » , selon la terminologie de l’AMF. Nul ne sait s’il agit d’un profil père de famille, déjà actionnaire mais qui qui bouge peu, ou d’un nouvel investisseur qui découvre la Bourse. Ou la redécouvre après l’avoir quitté dans le passé. Selon nos informations, les deux profils existent, des courtiers nous ayant affirmé avoir vu un flux réel d’ouverture de compte.

 

Selon l’AMF, ce flux de « nouveaux » intervenants est caractérisé par une population plus jeune que d’ordinaire. 48 ans d’âge médian pour les clients banques de réseau (contre 61 ans pour le profil des investisseurs actifs en 2018 et 2019), 36 ans pour ceux de courtiers en ligne (contre 49). A noter, les nouveaux intervenants sont nettement plus importants chez les banques traditionnelles que sur les banques en ligne.

 

Le conseil de Marchés Gagnants :

Si nous nous félicitons de cette étude et des informations apportées, elle laisse encore bien des questions ouvertes. D’abord, sur les motivations des épargnants. Notre préconisation sur l’investissement en actions relève plus du profil de l’investisseur que d’anticipations sur le marché. A profil identique, cela revient à vendre en période haussière et à acheter en période baissière. L’AMF constate ce comportement sur les investisseurs actifs, mais pour l’heure, il est impossible de savoir les raisons de ce mouvement. Le plus probable est un effet « bonnes affaires ». Bref, l’espérance de gain l’emporte sur le risque de perte. Espérons du coup l’absence de seconde vague de baisse !

 

Tout chiffre mérite aussi d’être relativiser. En mars, le flux positif sur les actions a été de 2,9 milliards de la part des particuliers. Cela représente peu ou prou 1 % des encours détenus par les ménages sur les actions cotés. Deux conclusions peuvent alors être envisagées. Soit le phénomène valide nos préconisations : un patrimoine se gère avec des évolutions par petites touches, par avec des grands coups de barre. Soit le phénomène constaté est bel et bien, réel, mais de faible ampleur. Espérons avoir de nouveaux des chiffres pour peaufiner l’analyse.

 

 

Une réflexion au sujet de « Crise : des Français reviennent en Bourse ! »

  1. Malheureusement, ils reviennent tous les 15 ans environ pour se prendre majoritairement un bouillon parce qu’ils n’ont toujours pas compris qu’il faut avoir une stratégie progressive, diversifiée et de long terme sur les marchés

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