Fonds en euros : les assureurs proches du suicide collectif !

[Experts] Après l’ACPR, c’est au tour de Jean-Laurent Granier, le patron de Generali de relancer le débat dans une interview aux Echos. Réactions pour décrypter l’interview aux épargnants et pour débattre avec les professionnels.

 

 

Le 25 septembre 2019, Jean-Laurent Granier, PDG de Generali France, et Hugues Aubry, membre du comité exécutif en charge des marchés de l’épargne et de la gestion patrimoniale ont répondu aux questions de nos confrères des Echos. Marchés Gagnants revient sur les principales réponses.

 

Hugues Aubry : « Le rendement (des fonds en euros) va baisser très significativement. Jusqu’à présent, le marché baissait par petites marches de 10 ou 20 points de base. Nous irons bien au-delà. »

Jean-Laurent Garnier : « Nous ne voulons pas donner l’illusion qu’il serait encore possible de servir un rendement à 1,50 % pour un contrat en fonds euros alors que le taux sans risque est négatif. »

Le commentaire de Marchés Gagnants pour les épargnants :

Voici une nouvelle preuve que le taux du fonds en euros ne se constate pas, il se décrète ! Notamment afin de servir dans la politique commerciale de l’assureur. C’est ainsi par exemple que les vieux contrats sont moins bien traités que les nouveaux mis en vitrine. A l’évidence, les taux passeront sous les 1,50 % chez Generali en 2019.

La stratégie de l’assureur italien n’est toutefois pas nouvelle. En 2015, le fonds Eurossima, très présent dans les contrats internet, rapportait 2,97 %. Le marché était à 2,54 %. En 2018, ce même fonds en euros a servi 1,65 % quand le marché était à 1,83 %….

 

Impossible de servir 1,5 % ? Mon œil… Si le président de Generali avait dit : « nous ne pouvons pas donner l’illusion qu’il est encore possible de garantir du 1,5 % alors que le taux est négatif », l’argument aurait pu se tenir.  Mais Generali est-il dans l’incapacité de servir 1,5 % ? Non, pour en avoir le cœur net, regardez dans votre relevé annuel le « taux de rendement des actifs en représentation ». C’est le rapport réel du portefeuille de l’assureur. En 2018, chez Generali, il était de 3,08 %. Depuis 2011, il navigue entre 3 et 4 %. Donc il est tout à fait possible de servir 1,5 %…

 

Jean-Laurent Granier : « Nous voulons protéger l’épargne accumulée par nos assurés dans la sécurité et sur la durée. Le fait de se constituer un matelas de sécurité renforçant pour participations aux excédants (NDLR : une réserve pour lisser la performance dans le temps). »

Traduction pratique : le taux 2019 des fonds en euros baisserait fortement pour augmenter les réserves.

Le conseil de Marchés Gagnants aux particuliers :

La politique des assureurs sur les réserves est très différente. Longtemps, le contrat Afer n’en a fait aucune ! Alors qu’elle peut être pour des consommateurs un critère de choix des contrats (certains veulent des réserves, d’autres pas), cette politique n’est jamais clairement explicitée. Pire, à la question, combien de réserves avez-vous, Generali n’a pas souhaité répondre. Un curieux manque de transparence que les autorités réglementaires, longtemps favorables à la mise en place de réserves, vont devoir corriger…

 

 

Hugues Aubry : « Pour profiter pleinement des conséquences de ce contexte de taux, il faut être majoritairement en unités de compte sur la collecte et minoritairement en fonds en euros. ». Il est même question de 60 % minimum dans l’article…

L’avertissement de Marchés Gagnants aux assurés :

La position présentée relève de l’intérêt de Generali. Mais est-ce celui des clients ? D’un point de vue juridique, un problème se pose. Lorsque vous signez un nouveau contrat, l’assureur peut vous imposer toutes les contraintes qu’il veut. Et pour cause, si vous voulez 100 % en euros en euros et qu’il ne veut pas, il ne met pas sa signature en bas de page et il n’y a pas de contrat ! En revanche, si vous avez déjà souscrit un contrat et que les contraintes d’investissement ne sont pas mentionnées (ce qui est très difficile à cause du devoir de conseil), on ne peut en rien vous imposer de mettre 60 % sur des unités de comptes. La mesure ne peut donc être applicable aux nouveaux flux, seulement aux nouveaux contrats. Là encore, les services de l’ACPR, gendarme de l’assurance vie, serait bien inspirés de faire un peu de ménage sur la place tant certaines pratiques sont discutables.

Les commentaires de Marchés Gagnants à destination des assureurs :

Euro-croissance, obligation d’investissement en unités de compte plus importante… L’ensemble des propositions de Generali ont déjà été testées et ont globalement échouées. Plus inquiétant la volonté d’ «imposer» un système, formule peu encline à séduire les Français par nature un brin rebelle. D’où la question : n’assiste-ton pas à un suicide collectif de la profession, alors que depuis cinq ans déjà, l’assurance vie n’est plus le préféré des Français, détrônée par les dépôts à vue. A l’évidence, la profession néglige la concurrence. Et dans ses réflexions, elle semble plus soucieuse de ses problématiques de rentabilité et de fonds propres que de l’objectif de son métier (« assurer » ) et des attentes du client…

 

 

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